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Je te demande pardon.

Et c'est le plus sincèrement du monde que j'aimerais te parler. J'ai réfléchi à comment je pourrais faire pour t'envoyer ce message... Tu me fuis depuis que je suis partie du Maroc et cela fait bien des années que nous ne nous sommes plus ni vu, ni parlé. Alors j'ai pensé à le faire ici pour que ces mots soient encadrés de tous les autres qui tentent d'expliquer ce que je suis et comment je pense, ce que je tente de faire et pourquoi...

J'ai mis du temps à réfléchir avant de revenir vers toi. Tu ne me connais pas beaucoup réellement, mais tu sais, c'est très rare que je parte sans dire ce que j'en pense.

Je pense que je n'ai pas été à la hauteur pour toi et je le regrette amèrement. Je pense que j'aurais pu mieux faire, mais en même temps, je sais aussi que j'ai fait de mon mieux, que j'ai fait beaucoup pour toi, pour ton bien et ça, tu peux en être sûre et certaine, je ne te voulais que du bien.

Quand je suis rentré dans ta vie et toi dans la mienne, le portrait que j'avais de toi était celui que ton père me dressait : une fille autiste, malade, très compliquée. Tu sais, tout ce que je vais te dire ici, tu peux le croire ou pas, mais je vais te le dire. Déjà parce que je n'ai aucun intérêt à te mentir, bien au contraire, je serais plus en sécurité en me taisant et en disparaissant qu'en prenant la parole sur ces sujets là.

La première chose que j'ai fait c'est de te donner la parole. De t'écouter et de chercher comment tu pourrais t'exprimer avec plus de "fun"... C'est passé par tes cheveux. Parce que ce jour où ton père t'a frappé devant moi dans la salle de bain pendant que tu te coiffais était pour moi le jour où j'ai décidé que tu ne subirais plus de violence dans ma Maison. J'ai donné un ultimatum à ton père : soit il ne lève plus jamais de sa vie la main sur toi et te laisse te coiffer seule comme tu veux, soit je me casse. Je suis rester. Et tu as eu libre champs sur tes coiffures.

Je me suis régalé, je te l'avoue, à te voir changer de tête mille fois pendant toutes ces années et faire tous tes tests capillaires. Je me sentais utile chaque fois que tu t'occupais de tes cheveux, qu'ils soient longs ou court, blond ou bruns, j'ai toujours trouvé tes coupes de cheveux innovantes, drôles et tes cheveux sont très beaux.

Ensuite j'ai voulu travaillé sur ton langage et ta coolitude. J'avais l'impression que dans ta famille l'ambiance était tellement étouffante que tu ne pouvais parler que comme au moyen-âge. Tu étais une enfant unique d'un couple de petit vieux, tu étais une petite vieille. Je t'ai donné le droit de dire des gros mots pour te faire entrer dans la jeunesse. Grand mal m'en a pris, j'ai connu le premier soufflet maternel qui me remettait à ma place de personne... Tu devais rester vieille. Bon. J'ai laissé.

Mais toi, je ne t'ai jamais laissé vraiment. J'étais là quand tu rentrais de l'école. Une école qui me prenait tout le budget de mon propre enfant, mais que je pensais normale de te donner comme j'aurais fait pour n'importe quel enfant de ma famille. Tu m'as coûté très cher. L'argent que j'ai accepté de mettre dans ton éducation, alors que je n'en étais pas obligé, je l'ai pris à mes enfants. Quand tu auras un mari, tu comprendras que certaines décisions incombent à la femme de la Maison parce que tout simplement c'est elle qui y passe son temps. Je t'ai donné Casablanca avec ton père, je t'ai donné Lyautey, je t'ai donné un haut niveau d'éducation en même temps que j'ai laissé ton père versé la pension à ta mère alors que dans les faits je m'occupais de toi plus qu'eux deux réuni. Tout ça j'aurais pu le refuser et te faire partir. Je te l'ai donné de bon cœur...

J'ai travaillé sur ton autonomie et ton émancipation... Je suis arrivée dans une maison où un homme de plus de 45 ans coupait la viande de sa fille de 15 ans dans son assiette à table... J'ai halluciné... J'ai remis de l'ordre pour que tu deviennes libre et autonome et qu'ils arrêtent de te traiter comme une handicapée mentale et moteur, ça m'a coûté des engueulades en coulisse que tu ne voyais pas...

Oui, j'ai crié parce que tu passais trop de temps sur les jeux vidéos ou devant la télé, de la même façon que je le fais pour mes propres enfants aujourd'hui encore parce que, surtout pour une enfant qui a soit disant était diagnostiqué autiste, ce n'est pas sain. Ce n'était ni pour t'embêter, ni pour m'acharner sur toi, je faisais ton éducation, tout simplement, parce que je t'aimais beaucoup et que j'étais la seule qui étais là. Ton père travaillait tout le temps, ta mère est à Nice, qu'est ce que je devais faire moi qui étais là ? Tu m'as pris en grippe et ton besoin d'opposition c'est retrouver projeté sur la seule personne qui était là : moi.

J'avais mon propre enfant et tes comportements devenait de plus en plus perturbant pour moi et donc risqué pour mes enfants. J'élève par l'exemple et il était hors de question que j'apprenne à ma fille à se foutre de ma gueule comme une ado pourrie gâtée comme tu faisais avec le consentement de ta mère bien contente de tenir une revanche sur moi. C'était l'enfer et ce n'était pas mes problèmes à la base, je n'avais aucune obligation de subir ça, c'était malsain pour tout le monde ! Tu ne semblais pas heureuse avec nous alors je t'ai donné le choix. Casablanca ou Nice ? Tu as choisi et tu es parti. J'aurais aimé que tu restes et que nous puissions nous entendre, mais c'était allé trop loin. Tu étais allé trop loin. Ton père était allé trop loin. L'ambiance était glauque. Je ne regrette absolument pas ton départ, parce qu'en vérité, je crois qu'il a fait du bien à tout le monde !

Maintenant avec le recul, je veux sincèrement te demander pardon. Pardon de ne pas avoir vu ce qui se passait peut être sous mon toit et pardon de ne pas avoir su te lire au delà des apparences. Souvent je parle de tes déviances sexuelles d'adolescente. C'était flagrant comme le nez au milieu de la figure, mais je ne connaissais absolument rien à ce sujet. Je ne savais ni l'origine du problème, ni son évolution, ni l'environnement nécessaire à ces déviances. Tu sais avec le recul, j'hésites entre le rire et la honte... Le rire, parce qu'il ne nous reste plus que ça et la honte tellement c'était flagrant et je n'ai rien vu...

Je vivais avec un homme qui faisait l'apologie de Woody Allen, affiché sur notre mur : l'homme qui a baisé sa fille adoptive et l'a épousé trônait sur mon mur et moi comme une idiote débile, je le jure, je ne voyais rien. Je ne voyais rien parce que je faisais confiance. Le fait que ta mère ai 20 ans de plus que lui et l'ai connu à peine majeur, le fait que tu sois leur fille adoptive et que tes parents idôlatrent un pédophile notoire comme gainsbourg qui chante l'inceste, je le jure, pas plus son obsession à t'envoyer te faire épiler chez l'esthéticienne, mineure, vous me présentiez ça comme normale pour vous, j'étais là petite nouvelle de la famille, j'y ai crût, je n'ai rien vu... J'avais bien vu qu'il y avait des moments entre lui et toi qui m'excluaient comme un couple, mais j'ai moi même un père avec lequel il peut m'arriver de faire des crises de jalousie comme sa femme... J'ai vu que sexuellement tu avais quelque chose d'anormal dans le sens de "en dehors de la norme" des jeunes de ton âge, mais à l'époque je baignais dans les discours de ton père sur l'éradication des normes... J'étais jeune moi aussi... J'ai moins d'écart d'âge avec toi qu'avec ton père. Et encore une fois, même si ce n'est pas une excuse, je l'aimais sincèrement et ça m'a fait cruellement manquer de discernement parce que je le redis, j'avais confiance. Il me disait qu'il était contre les pédophiles, pourquoi ne l'aurais-je pas crût ??? J'étais loin de m'imaginer que des gens font la promotion de la pédophilie et de l'inceste au grand jour et se regroupent autour de figures célèbres pour se reconnaître. Je n'ai pas été éduqué là dedans, pour moi, encore aujourd'hui c'est de la science fiction ! Que des gens puissent croire qu'ils font preuve d'amour envers leurs enfants en les violant, en abusant d'eux, en les amenant à des actes sexuels sur eux comme s'ils leur enseignaient l'amour, qu'ils en parlent entre eux et débattent du "sujet" pour moi c'est du film d'horreur irréel, ce n'est pas envisageable... Et pourtant.

Crois moi, de la même façon que je lui ai imposé d'arrêter de te frapper, si j'avais compris j'aurais agi. Je n'ai rien compris. Je te demande pardon. Cette incompréhension a fait que j'ai été dure avec toi là où j'aurais dû être plus douce encore, mais je voulais t'apporter un cadre éducatif et chez nous, dans ma famille, ce cadre passe par la rigueur et par l'autorité. Je t'ai traité comme je traite ma famille, mes propres enfants, parce que tu es de ma famille et que tu étais une enfant...

Si un jour tu veux parler avec moi, si tu as besoin de moi, si tu veux voir tes soeurs, tu es la bienvenue. J'espère que tu me pardonneras et que tu continueras à te battre pour te développer car ton parcours demande une force rare. Garde ton sourire, toujours, parce qu'avec lui tu gagnes. Tu es devenue une très belle femme et tu peux être fière de toi. Moi je le suis.

Ta belle-mère.

Carole.

*Crédits photo : franck mathiau


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