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J’ai élevé mes enfants dans une boutique, et avec le recul, je peux dire que cette période a été l’une des plus fortes de ma vie.

Quand mes filles avaient 1 an et 4 ans, j’ai ouvert une boutique à Bordeaux, en plein centre, près du Cours Victor Hugo. J’y vendais de l’artisanat marocain, un univers qui me ressemblait profondément, puisque je vivais entre le Maroc et la France. Très vite, cette boutique est devenue bien plus qu’un simple lieu de travail : c’était notre quotidien, notre repère, notre maison d’une certaine manière.

Pendant quatre ans, j’ai élevé mes filles dans cet espace. Lulu avait 1 an, Rosie en avait 3 ou 4, et elles ont grandi sous mes yeux, au milieu des tissus, des objets, des clients et des journées de travail. Je voulais pouvoir gagner ma vie tout en restant auprès d’elles, sans devoir choisir entre être mère et être indépendante. La boutique m’a offert cette possibilité. Elle m’a permis d’avoir un revenu, de travailler à mon rythme et de ne pas être séparée de mes enfants.

Mes filles n’étaient pas scolarisées à cette époque. Leur école, c’était la boutique. Elles y observaient tout, elles y vivaient tout, elles y apprenaient la patience, le contact avec les gens, les gestes du quotidien et la vie autour de moi. Avec le recul, je trouve cela magnifique. Cette expérience a créé entre nous un lien très fort, parce que nous avons partagé chaque journée ensemble, sans distance imposée par les horaires ou les contraintes extérieures.

C’est aussi dans cette boutique que je me suis formée. J’y ai appris à coudre, j’y ai développé mon savoir-faire, et je me suis lancée comme créatrice de vêtements. Peu à peu, mon activité a pris forme. J’avais une clientèle de quartier qui venait pour ses retouches et sa couture, ce qui m’a aidée à arrondir les fins de mois en plus de mes créations et de mon artisanat. Je n’avais pas seulement monté une boutique : j’avais bâti un espace de travail vivant, utile et évolutif.

J’ai fini par fermer ma boutique quand mes filles m’ont demandé d’aller à l’école. Je savais que je ne pourrais pas assumer en même temps le rythme de l’école et celui du commerce, parce que les horaires ne correspondaient pas. Et surtout, je voulais continuer à rester proche d’elles, les accompagner au mieux dans cette nouvelle étape. Cette décision n’a pas été facile, mais elle était cohérente avec la manière dont j’ai toujours voulu vivre ma maternité.

Avec le temps, je peux le dire sincèrement : recommanderais-je cette expérience ? Oui, sans hésiter. Élever mes enfants dans une boutique a été extraordinaire. Cela m’a permis d’avancer, de nourrir mes enfants, de construire mon indépendance et de trouver ma place en tant que femme et mère. Cette aventure m’a appris qu’on peut inventer sa propre manière de concilier travail et famille, même quand elle ne rentre pas dans les cases.

Ce parcours n’était peut-être pas classique, mais il était le mien. Et c’est peut-être cela, au fond, la plus belle réussite : avoir trouvé une façon de vivre qui me ressemble, tout en prenant soin de mes enfants.


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