Alexandra, première doula du Cameroun

La vie comme un art

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Pouvez-vous vous présenter ?

Je Suis Alexandra Mbongo Ekwalla, mariée et maman de deux garçons .

Parcours professionnel : assistante de direction, ressources humaines et Doula a plein temps depuis février 2024 à Douala au Cameroun.

-Comment définiriez-vous le rôle d’une doula à une future maman camerounaise qui n’a jamais entendu ce mot ?
 
une Doula est une professionnelle de la relation d’aide qui accompagne les mamans avant, pendant et après la grossesse sur le plan psychologique, physique et spirituel. Elle complète l’accompagnement du gynécologue / de la sage femme et du psychologue. 
 
-Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir doula, et comment s'est dessiné votre parcours de formation ?
 
mon premier accouchement a été catastrophique, 15 points de suture jusqu’à l’anus , je savais pas quoi faire , ni comment pousser et on m’a fait une pression abdominale , entre allaitement sanglant, dépression post partum et baisse de foi , je me suis mise à enquêter autour de moi , parler avec d’autres mamans camerounaises  et j’ai compris qu’au Cameroun beaucoup de mamans ne sont pas suffisamment outillées … pour mon deuxième accouchement j’ai voulu faire les choses différemment, et dans mes recherches je suis tombée sur les Doulas , au Canada, en suivant à la lettre ce que j’avais appris d’elles , mon deuxième accouchement s’est super bien passé, sans déchirures !
J’ai donc décidé de devenir Doula , pour aider les autres mamans camerounaises.. j’ai cherché des écoles de formation de Doulas en ligne et finalement je suis tombée sur le Centre pleine lune , Isabelle Challut, Marie-Ève et Amélie ont été super adorables avec moi, malgré la distance elles ont su me transmettre ce qu’il fallait tout en respectant mes croyances et ma culture . 
 
​-Qu'avez-vous ressenti en réalisant que vous étiez la première à exercer officiellement ce métier au Cameroun ?
 

beaucoup de joie , savoir que je fais partie des personnes qui vont faire changer les choses concernant la santé mentale maternelle au Cameroun  , vraiment c’est un honneur , ça fait plaisir de savoir que j’ouvre la voie pour les prochaines doulas camerounaises ! 

-En Afrique, et au Cameroun en particulier, la solidarité féminine autour de la naissance (les tantes, les grands-mères, les « mamans ») est historique. En quoi le rôle de la doula se distingue-t-il ou complète-t-il ces traditions (comme le rite du bain de bébé ou les soins post-partum traditionnels) ?

le métier de Doula est un pont entre les pratiques ancestrales du soutien communautaire et les pratiques modernes , aussi, au Cameroun les familles vivent de moins en moins en communauté et les nouvelles mamans ont besoins d’être guidées , la santé mentale est prise comme un effet de mode ou un sujet qui ne concerne que les « blancs « , le rôle de la Doula est de rappeler que la santé mentale n’a pas de couleur de peau.

​-Intégrez-vous des savoirs ancestraux ou des plantes locales dans vos accompagnements ?
 
quelques plantes locales oui mais mon accompagnement est purement ancré sur la foi chrétienne, je prie énormément avec les mamans et je les accompagne à connaître leur identité, leur mission en tant que mamans chrétiennes . 

​-Comment le concept de « soutien émotionnel et psychologique » de la doula est-il perçu par les familles, parfois plus habituées aux conseils purement pratiques ?
 
c’est assez compliqué, d’un côté y’a des familles assez réceptives et de l’autre y’a des familles qui disent : avant les Doulas on faisait comment ? En réalité avant on avait en quelques sorte des Doulas, on les appelait des matrones , qui aidaient les femmes à accoucher , et les encadraient … c’est assez compliqué certaines familles voient une Doula comme un signe de faiblesse de la part de la mère car en tant qu’africaines on est habituées à souffrir et à prendre sur soi tout , y compris les aléas de la maternité . Il est temps que les choses changent.
 
-Comment s'est passée votre intégration dans les structures de santé ou les maternités au Cameroun ?
Quelle a été la réaction initiale des sages-femmes et des gynécologues-obstétriciens ? Vous ont-ils perçue comme une alliée ou comme une intruse ?
 
c’est assez timide , beaucoup de médecins ne savent pas ce que c’est une Doula , du coup il y’a des médecins qui sont okay et me voient comme une alliée et d’autres qui ont beaucoup de réserve et me voient comme une intruse, et c’est comme ça du côté des gynécologues, sage femme et des psychologues 

​-Comment collaborez-vous aujourd'hui avec le personnel médical pour que l'accouchement se passe au mieux ?
 
je ne force pas les choses, j’explique clairement mon rôle en rappelant que je ne fais rien de médical et j’accepte la place qu’on me donne , je ne cherche pas à dépasser les limites . 

​-Quels sont les profils des femmes ou des couples qui font appel à vous aujourd'hui au Cameroun ?
 
mariées et célibataires , nantis et pas nantis

​-Quels sont les principaux tabous, peurs ou idées reçues auxquels vous devez faire face lors de vos accompagnements (par exemple, autour de la césarienne, de la douleur, ou de la dépression post-partum) ?
 
certaines mamans par exemple se disent qu’elles n’ont pas besoin de moi si elles vont accoucher par césarienne, d’autres se demandent si elles pourront avoir un accouchement vaginal après un accouchement par césarienne…beaucoup appréhendent la douleur de l’accouchement… pour la dépression partum c’est encore plus compliqué car c’est un vrai sujet tabou c’est tout récemment qu’on multiplie les conférences dans ce sens pour sensibiliser mais ce n’est pas évident car beaucoup de mamans camerounaises la vivent en silence de peur d’être jugées . 

​-Le métier de doula n’étant pas encore réglementé ou pris en charge, comment rendez-vous votre accompagnement accessible au plus grand nombre ?
 
j’ai contacté l’Etat pour pouvoir toucher toutes les couches sociales, et j’espère avoir une suite pour un meilleur accompagnement . Pour l’instant je travaille la plupart du temps avec les classes moyennes , il m’arrive de temps en temps aussi de faire du bénévolat. 

​-Quel est votre plus beau souvenir ou votre plus grande fierté depuis que vous avez commencé ?
 
 le fait que de plus en plus les mamans camerounaises veulent parler de santé mentale maternelle
 
-En tant que pionnière, travaillez-vous à la création d'un réseau ou d'une formation pour structurer et démocratiser le métier de doula au Cameroun ?
 
oui c’est en cours.
 
​-Quel message aimeriez-vous faire passer à la société camerounaise concernant la santé mentale et le bien-être des jeunes mamans ?
 
il est temps qu’on prenne les choses à bras le corps, le Cameroun peut et doit devenir une référence en terme de maternité positive , les jeunes mamans ont besoins qu’on prenne mieux soin d’elles , pas seulement physiquement mais aussi psychologiquement.
 

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