Réappropriation identitaire, France-Afrique, même combat.

La vie comme un art

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Après une année passée à être lourdement attaquée et à ce que ma réalité soit menacée par un système entier qui fait mine de croire que je suis instable alors même qu’il est sénile, je suis arrivée au mois de décembre devant le grand choix des possibles.

Je n’ai pas écrit d’édito en décembre parce que mon édito vous aurait conseillé de quitter mari et enfants et de partir vivre nue à l’Île Maurice. J’étais à ce point énervée que je me suis retrouvée dans le même état de nerfs que lors de ma crise d’adolescence. Mes quarante ans n’étant plus tellement éloignés de moi, j’ai pensé que je préparais peut être une belle crise de la quarantaine… Mais il a fallut deux jours pour me rendre à l’évidence que ce n’était pas ça. Je tiens trop à tout ce que j’ai mis en place pour le faire valser, encore. J’ai trop fait valser ma vie pour que l’idée puisse encore m’exciter.

Casser pour casser ne m’amuse plus depuis que j’ai construit les univers de mes enfants dans mon univers. Mon goût de la construction était bien toujours présent.

Alors j’ai laissé de côté ma crise-sans-nom pour revenir à l’état originel de ce que je suis.

Naturellement. Sans forcément m’en rendre compte, j’ai fait un retour au source profond.

Je suis d’abord revenu vers mon pays de naissance : le Cameroun. Grâce à Instagram, j’ai pu passer mes vacances avec les Camerounais et les Camerounaises à la mode, ceux et celles qui font la musique, le cinéma, la culture, le monde numérique… Grâce à eux j’ai retrouvé le goût de mes plats camerounais préférés, j’ai dégusté mon goût pour le « nyanga », cette façon de faire sa crâneuse quand on est bien maquillé et habillé… J’ai retrouvé mon humour autour de la sexualité et ma façon de draguer comme un homme « camer »… J’ai fait face à ma filouterie de brigand des grands chemins et à mon aptitude quasi naturelle pour les affaires…

Après deux semaines à me gorger de Cameroun, je pense que décembre a mis un terme à ma capacité de n’être que blanche. J’ai remis la noire qui vit en moi, Jeanine Hofbauer, au cœur de moi même et je l’ai regardé.

J’ai regardé ses cheveux. Beaucoup. Mais ça ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau est que j’ai regardé ses cheveux sans vouloir les changer, mais simplement en voulant jouer avec, comme ils sont et avoir cette sensation géniale de les trouver extraordinaires et de me savoir bénie de les avoir sur la tête. Une couronne majestueuse posée par Dieu comme un cadeau. Bénie.

Je ne pense pas que l’on puisse parler d’une crise identitaire. En tant que métisse, je sais ce qu’est une crise identitaire. Je suis allée au cœur de la crise identitaire pour la comprendre et la disséquer, l’expliquer et la dépasser. Je pense que ce que j’ai vécu est le strict contraire de la crise identitaire. C’est une réappropriation identitaire. Je me suis enfin autorisée à affirmer qu’en plus d’être française, ce qui oblige mon acceptation par les autres français en France et à l’étranger, je suis une Africaine. Par mon sang, par ma culture personnelle nourrie des cultures que j’ai reçue, par mon héritage autant patrimoniale qu’immatériel, je suis une contradiction.

Ce qu’il fallait que je comprenne et que j’accepte et que je suis une contradiction non pas parce que je suis psychologiquement incohérente, mais parce que les cultures qui me nourrissent sont elles même en contradiction les unes des autres et j’arrivent à les comprendre comme n’importe qui comprend sa culture.

Je comprends le voile en Afrique et son rejet en Europe, je comprends le bruit, la couleur vive et les odeurs fortes et leur rejet, je comprends… Et ça me construit, ça fait partie de moi, c’est moi... Et à cela il faut même rajouter les contradictions de classes sociales… J’ai grandi chez les riches en vivant chez les pauvres…

Parfois mes contradictions sont fortes est flagrantes, mais je sais toujours les expliquer, une par une et les mettre en cohérence, parce que je fais un simple déplacement géographique dans ma tête et laisse à la France ce qui appartient à la France, au Maroc ce qu’il m’a confié et à l’Afrique ce qu’elle fait de moi et je les explique l’un à l’autre…

Et puis parfois je suis simplement en contradiction parce que ma réflexion est inaboutie et alors je suis tellement fière d’avoir choisi de faire le plus beau métier du monde : mère au foyer.

On ne demande pas aux mères au foyer de faire des discours justes et vérifiés, tout comme on ne demande pas aux hommes du pmu de mettre en place les politiques publiques. Et pourtant ce sont bien les mères au foyer et les hommes du pmu qui construisent le monde et le renouvelle.

Je suis du bon côté.

Gloire à Dieu.

 


MomLetter

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